Affaire Agnès Le Roux : quand la justice rame

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« Tout vient à point à qui sait attendre », voilà ce qu’a dû se dire Renée Le Roux le jour de la condamnation du meurtrier de sa fille, Agnès, près de 30 ans après sa disparition. Amour, argent, trahison… Une histoire digne des plus grands films hollywoodiens, qui pointe du doigt un système judiciaire marchant au ralenti.Nice, 1977. La guerre des casinos fait rage. Jean-Dominique Fratoni, patron du Ruhl lorgne sur son concurrent, le Palais de la Méditerranée, dirigé par Renée Le Roux. Jean-Maurice Agnelet, avocat niçois, présente Jean-Dominique Fratoni à sa maitresse Agnès Le Roux, héritière du Palais de la Méditerranée. Pour 3 millions de francs, la jeune femme vote contre sa mère au conseil d’administration et permet à Fratoni de contrôler le casino familial.

Quelques mois plus tard, Agnès, âgée de 29 ans, et sa voiture, une Range Rover blanche, disparaissent pendant le week-end de la Toussaint. D’abord suspecté, Agnelet bénéficie d’un non-lieu en 1985. Une décision qui s’explique principalement par un alibi sans failles et surtout, par l’absence de cadavre. Un an plus tard, l’avocat est tout de même poursuivi pour abus de confiance et complicité d’achat de vote, lors de la prise de contrôle du Palais de la Méditerranée par Fratoni. Il est condamné par la cour d’appel de Lyon à 30 mois d’emprisonnement dont 6 avec sursis.

Pendant plus d’une dizaine d’années, la disparition d’Agnès Le Roux reste donc un mystère. Sa mère dépose requête sur requête, et va jusqu’à porter plainte pour recel de cadavre afin de réouvrir le dossier.

En 1999, cette manœuvre paie. Françoise Lausseure, maitresse d’Agnelet à l’époque des faits, avoue avoir menti pour fournir un alibi à celui qui, depuis, est devenu son mari. L’avocat niçois est mis en examen pour assassinat. Après plus de 5 ans d’instruction, Agnelet est renvoyé devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes. Acquitté en première instance, il est rejugé en appel. Le 11 octobre 2007, presque trente ans jour pour jour après la disparition de son ancienne compagne, Jean-Maurice Agnelet est condamné à vingt ans de réclusion par la cour d’appel d’Aix-en-Provence. Son pourvoi est rejeté par la cour de cassation en 2008, rendant sa condamnation définitive.

Trente ans, cinq juges d’instruction et la persévérance d’une mère pour que justice soit faite. En France, les informations judiciaires ne risquent pas d’être flashées pour excès de vitesse.

Serena Santucci