1er mai : c’est la lutte… intestine !

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Les préparatifs du 1er mai se sont effectués dans un climat séparatiste entre les syndicats

Le défilé du 1er mai divise les syndicats

Le traditionnel défilé du 1er mai a apporté cette année des signes de divisions entre les syndicats français. Depuis l’accord national interprofessionnel (voir encadré), les clans se forment entre signataires et non-signataires. Une division conjoncturelle qui révèle une scission plus profonde.

« Il faut qu’on se tape dessus pour que les médias viennent nous voir », affirme de but en blanc, Jean-Michel Hervo, délégué CFDT. Il est un peu irrité par la façon dont les médias ont traité, ces derniers jours, la dissension au sein du front intersyndical français. Pour lui, c’est l’ANI (Accord National Interprofessionnel) qui a fait diverger les positions. Jean-Michel Hervo affirme que « la scission ne date pas d’avant l’accord », même s’il reconnaît qu’il existe « une différence de position entre la CGT, partisane de l’extrême gauche et la CFDT, syndicat qui se revendique apolitique ». Du côté de la CGT, Gérard Ré, secrétaire départemental, réfute cette idée, affirmant : « un syndicat ne peut pas être apolitique, la CFDT a par exemple des membres encartés dans ses rangs ».

« Les syndicats contestataires, c’est terminé »

Au-delà de la politisation des syndicats, certains s’inquiètent que les manifestations deviennent automatiques. Une raison pour eux de ne pas défiler le 1er mai. « Les syndicats contestataires, c’est terminé, estime Léonce Trumpf, président du Syndicat CFE-CGC à Nice. La manifestation n’a d’intérêt qu’en cas de mise en péril du tissu économique d’une région. » M. Hervo abonde en ce sens, « nous allons à la table des négociations avant d’établir un rapport de force quand d’autres n’ont pas la culture du compromis ». Ce hiatus suffit à expliquer la profondeur des divergences derrière l’anecdotique démobilisation du 1er mai.

Unis face à la droite, divisés sous la gauche

Si Gérard Ré revendique plus de « 3000 manifestants », les chiffres sont implacables. Entre 700 et 1200 manifestants ont battu le pavé cette année, selon Nice Matin, contre près de 4000 l’année dernière. Du côté de la CFDT, on a rassemblé 70 militants, et pour M. Hervo, l’explication est simple : « rassembler en temps d’élection présidentielle est bien plus aisé, surtout quand il s’agit de battre le candidat de la droite ».

En ces temps où la gauche gouverne, l’union est plus difficile à concrétiser, mais de chaque côté, on veut croire que seule la conjoncture est responsable de la division syndicale. Jean-Michel Hervo et Gérard Ré l’affirment : « la porte reste ouverte pour un nouveau rassemblement intersyndical ».

Maxime Bapsères et Benjamin Chabert

CGT-CFDT : l’origine du clash

Le Congrès de Toulouse, organisé par la CGT en mars, a mis en exergue l’agressivité des militants envers la CFDT. « Plusieurs de nos militants ont été insultés par des cégétistes », déplore Jean-Michel Hervo. « Ça ne me dérange pas de me faire insulter à une tribune. Mais ces militants ont continué à nous agresser dans les défilés. » Gérard Ré le reconnaît, « il y a eu des échanges houleux à Toulouse », mais il réfute tout manque de respect en dehors de ce rendez-vous. « Au niveau local, aucune organisation syndicale n’en a insulté une autre ».

ANI comme anicroche

Accord de la sécurisation de l’emploi pour les uns, de la précarisation des salariés pour les autres, l’ANI détaille des mesures autour de l’emploi et du coût du travail. Licenciements favorisés, proposition de reclassement, décharges patronales, tant de points qui suscitent l’incompréhension au sein de l’intersyndicale. L’accord national interprofessionnel doit être présenté au Sénat le 14 mai prochain. Ce texte, signé par le Medef et les syndicats CFDT, UNSA et la CFE-CGC, est au cœur des revendications des syndicats contestataires. La CGT dénonce la possibilité pour les entreprises de baisser les salaires pour sauvegarder les emplois, sans consultation des partenaires sociaux. Une manœuvre qui, selon la CFDT, s’est déjà produite dans des entreprises comme Goodyear, Renault, où la CGT était majoritaire.