Viande rouge : les bouchers et charcutiers niçois craignent les répercussions

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La charcuterie est la seule viande transformée par les bouchers-charcutiers ©Tiphanie Naud

Les bouchers-charcutiers de Nice craignent qu’une psychose ne s’installe chez leurs clients au lendemain du rapport de l’OMS. Cette étude met en cause la viande rouge, classée comme « potentiellement cancérogène« 

« Alors, votre viande donne le cancer ? » Cette phrase, lancée depuis sa camionnette par un commerçant voisin de la boucherie Urio à Nice n’est qu’une plaisanterie. Mais elle résume la peur des bouchers après le rapport de l’OMS sur la viande rouge cancérogène : que les clients confondent la viande rouge industrielle, et celle des boucheries traditionnelles. Et qu’ils réduisent leur consommation.

« Il ne faut pas que les clients fassent l’amalgame« , insiste Damien Assayas de la boucherie Urio. Le problème, c’est qu’ils ne rentrent pas dans le détail [du rapport] »  En effet,  si l’étude de l’OMS classe la viande rouge comme « probablement cancérogène« , c’est surtout les produits carnés industriels qui donnent le cancer. La seule viande transformée dans les boucheries traditionnelles est la charcuterie. Et les professionnels assurent utiliser des méthodes de préparation bien différentes de l’industrie.

« Le mal est fait »

Dans sa boucherie chevaline place Saint-Roch, Florence Bonello est énervée. « Le mal est fait, tempête t-elle. Les gens ne traduisent pas le rapport. Ils entendent que la viande rouge donne le cancer, évidemment qu’il n’y a personne ce matin« .

Même son de cloche chez Patrick Sarkissian. Pour lui, cette étude « sera une pénalité », et il redoute une « psychose injustifiée » et dénonce un « rapport incohérent » car « personne ne mange de la viande rouge plus de trois fois par semaine ». Effectivement, l’étude met surtout en garde contre la surconsommation. Mais pour lui, les clients ne font pas cette distinction.

Beaucoup reprochent aux médias de mal informer et de faire dans le sensationnel. « C’est important de bien expliquer aux consommateurs mais il faut aussi faire la part des choses », expose Damien Assayas. Pour le président du syndicat de la boucherie des Alpes-Maritimes, Armand Lombard, « les médias font une interprétation douteuse » du rapport.

Des clients au rendez-vous ? 

Difficile de mesurer l’impact sur la clientèle ce mardi 27 octobre mais la plupart des professionnels de la viande n’y voit qu’un ralentissement passager. « On peut avoir une répercussion dans les trois ou quatre jours, explique Armand Lombard, mais tout rentrera dans l’ordre et la consommation repartira« .

Une douzaine de saucisses, du foie, des biftecks… Les clients achetaient quand même ce mardi 27 octobre. Et aucun n’entendait freiner sa consommation de produits carnés après la publication du rapport. « Je mange de la viande depuis toujours, affirme Maurice, 83 ans. Avec ma femme, on mangeait un rôti de 800 grammes à deux. Et on se porte très bien« .

D’autres se plaignent qu’on « ne peut plus rien manger de toute façon« . En France, des études de l’Inserm ou de l’Institut national contre le cancer montrent que la viande rouge n’est pas le seul aliment à surveiller.

Voir aussi : « Viande et cancer : les Français vont-ils changer leur habitudes alimentaires? »

Tiphanie Naud