Rugby : XV mesures pour faire gagner le XV de France

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Paul Goze président de la ligue de rugby professionnel (à gauche) et Pierre Camou président de la fédération française de rugby (à droite), vont devoir s'accorder pour sauver le XV de France

Cellules techniques, candidats à la présidence de la fédération française de rugby, présidents de club, anciens joueurs. Tous les acteurs de rugby y vont de leurs propositions, pour réformer en profondeur un sport en pleine crise identitaire. Et comme à son habitude le rugby ne fait pas dans la simplicité. Éclairage sur un capharnaüm qui dure, dure, dure….

Paul Goze président de la ligue de rugby professionnel (à gauche) et Pierre Camou président de la fédération française de rugby (à droite), vont devoir s’accorder pour sauver le XV de France. © Icon Sport

Samedi 17 octobre 2015, Cardiff, Pays de Galles, le XV de France vient de subir la plus grande humiliation de son histoire. Les tricolores sont balayés 62-13 par la Nouvelle-Zélande en quart de finale de la Coupe du Monde. Un échec retentissant qui pousse les hautes sphères du rugby français vers une -nouvelle et hypothétique- révolution. Pour se faire les têtes pensantes du rugby hexagonal, ont mandaté 12 acteurs, 12 sages pour intégrer une cellule technique. Objectif sauver le navire bleu du naufrage. Finis l’immobilisme ? Terminé les assises du rugby aussi nombreuses que stériles ? Encore trop tôt pour le dire. Après neuf semaines de travail, 45 entretiens, à la surprise générale -il faut l’avouer- la cellule technique a remis 15 mesures détaillés et surtout détaillable. Intitulé : « améliorer la compétitivité du XV de France », le rapport replace l’église au centre du village.

  • Mesures 1 à 5 : 30 joueurs « élites »
Sur la forme rien de nouveau, actuellement il existe une liste de 30 joueurs internationaux dits « protégés ». C’est dans le fond que la cellule technique apporte des améliorations et c’est là que tout se « complique ». Son constat est simple. Les internationaux français sont, entre les matchs en club et avec la sélection nationale, trop sollicités au détriment de cette dernière. Pour y remédier les membres de la cellule technique proposent 5 mesures.
  1. Créer une liste de 30 joueurs élites qui constitueront l’ossature de l’équipe de France. Plus une liste de joueurs « développement », jugé comme potentiellement internationale.
  2. Mise en place d’un « contrat d’objectif partagé »Ce contrat, défini par l’encadrement du XV de France, répertorie des axes de travail personnalisé pour chaque joueur présent sur les deux listes. Les joueurs devront alors les réaliser une fois de retour en club. L’objectif est de renforcer les relations fragiles entre les clubs et l’équipe de France. 
  3. Augmenter les périodes de repos. Entre les matchs en club et les matchs internationaux, les joueurs sont sollicités quasiment 11 mois sur 12. Les 12 « sages » préconisent donc la mise en place de 10 à 12 semaines de repos obligatoire et continue pour les internationaux entre deux saisons.
  4. Mise à la totale disposition du XV de France des joueurs élites. 8 semaines pour le tournoi des VI Nations, 4 pour la tournée de novembre, deux stages de 4 jours dans le courant de l’année. Au total les Bleus passeraient presque 14 semaines ensemble. Une véritable révolution qui améliorait sans aucun doute la cohésion d’équipe depuis longtemps décriée et surtout les résultats.
  5. Protéger le physique des joueurs élites. Actuellement les 30 joueurs présents sur la liste des « protégés » ne peuvent jouer (hors phase finales) plus de 30 matchs par saison. Pour la cellule technique c’est déjà trop. Elle propose donc d’imposer une semaine de repos obligatoire pour les internationaux après 300 minutes consécutives de jeu ou 5 feuilles de match consécutives.
Les 30 joueurs sélectionnés pour le tournois des VI nations 2016 dans la liste des 30 élites ? © FFR
  • Mesures 6 et 7 : compensation financière réévaluée

Sur le papier, toutes ces propositions sont louables, recevables et en soit pas bien compliquées à mettre en place. Seulement dans le rugby français rien n’est jamais facile. Entre la fédération française et les clubs professionnels, il existe depuis des années des conflits d’ordre bien souvent financier. Les internationaux français sont salariés et donc payés par les clubs, qui les voient partir en sélection et revenir (quelque fois blessés) sans réelles compensations financières. Si la fédération française réclame des clubs plus de flexibilité dans la mise à disposition des internationaux elle ne peut le faire sans contre partie. La cellule technique, après de savants calculs, préconise deux solutions :

 

  1. Augmenter la compensation financière. Aujourd’hui fixée à 1300€ par jour et par joueur, elle pourrait atteindre les 2000€. Cette hausse significative pourrait mettre tout le monde d’accord, et faire passer plus facilement la pilule du côté des clubs.
  2. Adapter les règles du « salary cap ». Mis en place dans les championnats professionnels de rugby, le « salary cap » limite la masse salarial d’un club afin de préserver une équité entre les différentes équipes. Aujourd’hui un club est autorisé à dépasser de 100 000 € le « salary cap » pour chaque international français présent dans son équipe. La cellule technique propose de doubler (200 000€) ce dépassement. Ainsi, les clubs pourront plus facilement recruter pour compenser les absences des internationaux.
  • Mesures 8 à 12 : Améliorer la formation française

Sûrement et de loin le plus gros chantier du rugby français. Si les jeunes pousses tricolores au contraire de leurs ainés, rivalisent largement au niveau international, elles peinent à trouver leur place dans la catégorie supérieure. Un mal bien français qui pénalise à coup sûr l’équipe nationale. Pour résoudre ce problème épineux et complexe la cellule technique a imaginé 4 mesures loin d’être évidentes au premier abord. En s’inspirant pourquoi pas du modèle anglais qui a fait ses preuves (deux titres de champion du monde juniors).
Paul Jedrasiak au milieu (Clermont) et Baptiste Serin à droite (Bordeaux), deux des rares espoirs français à évoluer en TOP 14. © Icon Sport
  1. Élargissement du nombre de joueurs sur la feuille de match en championnat. Possibilité pour les clubs d’aligner 25 joueurs contre 23 aujourd’hui sur la feuille de match à condition qu’une partie de ces joueurs soient considérés comme en formation. Le but est d’encourager les clubs à faire jouer leurs jeunes professionnels.
  2. Évolution du statut de JIFF. Les JIFF ce sont ces Joueurs Issus des Filières de Formation, qui ont passé au moins 3 saisons en centre de formation d’un club de rugby professionnel. Afin de favoriser la formation, la fédération française de rugby a mis en place en 2010 un quota de joueur JIFF dans les effectifs des clubs. Pour la cellule technique, cette disposition n’assure pas aux jeunes joueurs français du temps de jeu. Elle propose donc, d’imposer ce quota plus seulement à l’effectif mais à la feuille de match (14 minimums) et de limiter à 16 le nombre de non JIFF dans les effectifs à l’horizon 2018.
  3. Refonte du championnat espoirs. Chacun des 30 clubs professionnels (TOP 14 et ProD2) possède une équipe espoirs (18-21 ans). Réparti en deux divisions, le championnat espoir devait faire office d’antichambre du monde professionnel. Seulement, jugés trop juste physiquement et techniquement les jeunes joueurs peinent à percer au plus haut niveau, au profit de joueurs étrangers. Pour y remédier la cellule propose de supprimer ce championnat espoirs et de répartir la catégorie d’âge en trois nouvelles compétitions. Un championnat régionale, une compétition de sélection interrégionales et enfin une compétition de sélection nationale réservée aux meilleurs espoirs.  L’objectif est de dégager plus facilement une élite qui se concentrera sur son développement physique et technique en jouant régulièrement des matchs de haut niveau.
  4. Faciliter le mouvement des joueurs à fort potentiel. Au début de leur carrière les jeunes joueurs sont souvent barrés dans leur club par des étrangers plus expérimentés. En mal de temps de jeu de nombreux jeunes sont oubliés. Afin de leur permettre d’emmagasiner de l’expérience, la cellule technique propose de faciliter le prêt de ces joueurs vers des clubs de divisions inférieures.
  5. Former plus d’éducateurs. Les 12 membres de cellule technique veulent mettre fin à l’intervention d’éducateurs non-formés et non-habilités auprès des jeunes. L’objectif est de former de manière plus efficace les jeunes rugbymans français.
  • Mesure 13 : harmoniser l’arbitrage

Dans le microcosme du rugby français tout le monde s’accorde à dire pour avoir un rugby harmonieux et équitable il faut absolument professionnaliser le corps arbitral encore constitué en majeur parti de semi-professionnel. Essentiel certes, mais pas sûr que les difficultés du XV de France résultent dans l’arbitrage du TOP 14 et de la Pro D2.
Jérôme Garcès l’un des 4 arbitres professionnels français. © James Crombie
  • Mesure 14 : améliorer la qualité des terrains

Si toutes les autres mesures semblent aller vers une révolution du rugby en France celle-ci, bien que bonne, ne réglera surement pas les carences du XV de France. La cellule technique préconise en effet dans un soucis de protection des joueurs et d’amélioration de la qualité de jeu, de généraliser la mise en place de pelouse hybridée herbe synthétique ou tout synthétique.
Le club d’Oyonax est le seul en France à évoluer sur une pelouse synthétique. © Uso
  • Mesure 15 : refonte des championnats professionnels.

Le pavé dans la mare, la question qui fâche le monde du rugby. Essentiel pour certains, impensable pour d’autre. Passer d’un TOP 14 à un TOP 12 d’ici 2018 voilà ce que propose la cellule technique. Une seule descente, plus de barrages seulement des demi-finales et une finale. Avec une telle mesure, c’est 5 dates qui seraient libérées dans le calendrier surchargé du rugby français. Si les grosses écuries du TOP 14 sont en majorité pour ce changement, les autres clubs voient d’un mauvais oeil ce resserrement de l’élite. Pour certains ce serait la fin d’une certaine idée du rugby de clocher à l’avantage d’un rugby business.
Bientôt la fin du TOP 14 que l’on connait actuellement ? © Icon Sport
Voilà donc XV mesures, toutes discutables, mais qui ont le mérite d’être proposées. Si elle n’est pas la seule à faire des propositions, la cellule technique a toutefois remplit pleinement sa mission, à savoir amener des solutions concrètes pour améliorer le rugby français. Les institutions françaises souvent critiquées pour leur immobilisme ont désormais un large éventail de solution, à sa charge maintenant de les appliquer ou non pour le bien du rugby français.
Félix Comane