Nice : toujours plus de sans-abri et toujours moins de places d’accueil

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Principal centre d’hébergement pour hommes rue Trachel à Nice, pouvant accueillir 84 personnes.
Principal centre d’hébergement pour hommes rue Trachel à Nice, pouvant accueillir 84 personnes.

Le 115 débordé, les centres d’hébergement pleins, des SDF livrés à eux-mêmes. Le début de la trêve hivernale annonçait soulagement et repos. A Nice, c’est tout le contraire.

Une pièce tombe dans un bol en plastique. Un grand sourire avec trois dents manquantes s’illumine, c’est celui de Michel. « Merci m’dame », s’enthousiasme le sans-abri assis face au tramway de Garibaldi. « Aujourd’hui il pleut, mais ça ira mieux la semaine prochaine : je perçois le revenu de ma retraite, 760 euros ! » renchérit-il. Michel vit dans la rue depuis deux mois. La trêve hivernale interdit l’expulsion des locataires jusqu’au 31 mars, même si des procédures judiciaires sont engagées. Quant aux centres d’hébergement, ils doivent ouvrir plus de places d’accueil. Michel est dans l’attente d’un logement social, son dossier est pris en charge par Sud Habitat. « ça fait deux mois que j’attends. Faut être patient. En attendant je vais de foyers en foyers. J’ai fait celui de Balatchano : plus jamais j’y retournerai. J’ai tenu une nuit, mais c’était répugnant. Ensuite j’ai voulu aller à trachel, mais ils n’acceptent pas les chiens », dit-il en tapotant la tête aimante de son toutou. Alors chaque soir, un seul et même rituel : prendre le train en direction d’Antibes pour être à l’heure au couvre feu du centre d’hébergement. Michel le préfère car il y a moins de monde et moins de bagarres. Auparavant, il s’est inscrit pour réserver sa place chaque soir. Comme lui, beaucoup de sans-abri ont fait cette démarche. C’est ensuite les responsables des centres d’accueil qui communiquent au 115 les places restantes disponibles.

Nathalie* est un travailleur social pour le SAMU (numéro 115) des Alpes-Maritimes. Chaque jour, elle reçoit environ 200 appels de personnes démunies : « On est débordés. Le constat est alarmant : il y a plus de personnes en précarité, et moins de places d’accueil. ». Il faut rappeler que selon l’Insee, en 2014, la France comptait 112 000 à 150 000 personnes sans domicile fixe. Son rôle est d’évaluer les demandes de ces personnes en difficultés et de les orienter vers les centres d’hébergement.

En marchant à côté du parc de la villa Thiole à Libération, une silhouette se distingue des autres. Allongé sur un bout de carton et enroulé dans un duvet, Eric regarde les passants en attendant qu’une main bienveillante s’approche de sa casquette posée au sol. Cela fait trois ans qu’il traine vêtements et babioles dans des sacs en plastique, mais pour lui, se rendre dans un centre d’hébergement est impensable : « c’est sale, on se fait voler, on nous traite mal. Je préfère me débrouiller seul que vivre dans ces conditions ». Autour de lui, plusieurs boites remplies de semoule et de pizza. « Comme je suis ici depuis un moment, les passants ont l’habitude de me donner un petit quelque chose. Je ne m’en sors pas trop mal », avoue Eric, les yeux brillants.

Sur la région Alpes-Maritimes plusieurs centres d’hébergement de nuit existent. Vous pouvez vous rendre au 33 rue Trachel à Nice si vous êtes un homme, au 3 rue de l’ancien Sénat à Nice si vous êtes une femme. Mais il y a également des espaces mixtes au 3 rue Balatchano à Nice ainsi qu’à Antibes. Pour la ville de Grasse, un organisme va ouvrir le 16 novembre prochain et pour Cannes l’ouverture est prévue pour le 30 novembre.

Principal centre d’hébergement pour hommes rue Trachel à Nice, pouvant accueillir 84 personnes.
Principal centre d’hébergement pour hommes rue Trachel à Nice, pouvant accueillir 84 personnes.

Marjorie Raynaud

*Les prénoms ont été changés