Le rugby français fait son marché à l’étranger

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Uini Atonio est arrivé à l'âge de 21 ans en France.

Scott Spedding et Uini Atonio, deux joueurs nés à l’étranger, postulent à l’équipe de France cet automne. Arrivés très jeunes en France, ils sont éligibles au XV de France. Le recrutement de très jeunes joueurs étrangers est une pratique de plus en plus courante dans le Top 14. Une stratégie de développement qui est loin de faire l’unanimité dans le rugby français. 

Guillaume Cazanave, joueur et responsable de la communication du Stade Niçois, regrette cet intérêt pour les jeunes joueurs étrangers. « Il y a beaucoup de joueurs à fort potentiel en France. Il faut savoir les repérer et les utiliser ». Il remet en cause les choix de recrutement des clubs professionnels. « C’est dommage d’aller chercher des Fidjiens ou d’autres nationalités. »Cette stratégie de développement est loin de faire l’unanimité dans le rugby français.

L’attrait pour les joueurs du Pacifique n’est pas une nouveauté. Réputés pour leurs qualités physiques hors normes, les recruteurs apprécient ces joueurs des îles, avec une maturité physique précoce. Encore une fois, Guillaume Cazanave souligne sa préférence pour les joueurs français. « Dans nos DOM-TOM il y a de très bons joueurs qui en plus ont la nationalité française. » Il fait notamment référence à la Nouvelle Calédonie d’où est originaire Sébastien Vahaamahina et la famille Taofifénua, ou encore Wallis et Futuna avec Yann David.

La règle du JIFF accentue le phénomène

Depuis août, l’effectif d’une équipe de Top 14 ne doit pas dépasser 16 joueurs non JIFF. Les clubs reçoivent également un prime s’ils alignent 12 joueurs JIFF sur la feuille de match. Pour contourner ce statut les staffs recrutent de très jeunes joueurs à l’étranger pour qu’ils obtiennent ce statut. « Clermont fait figure de spécialiste » explique Guillaume Cazanave. Le centre de formation du club auvergnat a signé depuis 2011 un partenariat avec une académie de rugby aux Fidji.

Les joueurs fidjiens de Clermont et les jeunes de l’académie liée au club auvergnat.

Cette règle modifie le paysage rugbystique français. Tous les jeunes joueurs ne passent pas le cap du professionnalisme. Ils trouvent une place dans les divisions inférieures. Le joueur niçois est confronté à certains de ces joueurs en championnat de fédérale 2. « Même si leur nombre est limité à notre niveau, on croise régulièrement des joueurs recruté à l’étranger ». Une situation de concurrence pour les Français mais dont profitent ces joueurs de l’hémisphère sud. « En France ils touchent des salaires plus élevés que s’ils retournaient jouer dans leur pays d’origine. » Une dimension financière récurrente dans le rugby moderne.

Qu’est ce qu’un JIFF ?

En 2010, la ligue nationale de rugby (LNR) instaure le statut de joueur issu des filières de formation (JIFF). Le but est de promouvoir la formation française.

Pour être considéré comme JIFF, un joueur de rugby doit pouvoir justifier 5 années d’affiliation à la Fédération Française de rugby entre 15 et 21 ans, ou avoir passé trois ans dans un centre de formation reconnu par la LNR avant ses 21 ans. La nationalité n’entre pas en compte dans l’attribution du statut JIFF.

Robin Puel