La saturation des Restos du coeur

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Fatoumata N’diaye fait la queue dans le centre des restos du cœur de Vérany à Nice. Une quinzaine de chaises en plastique sont installées sous une bâche de fortune, elles sont toutes occupées. Les gens discutent, des volutes de fumée s’échappent encore des cafés tenus à deux mains pour se réchauffer. 

Le chariot à la main, elle se tient droite. Fatoumata avance et donne sa carte avec son numéro dessus. Le bénévole cherche la fiche qui correspond et où est indiqué le nombre de points dont elle dispose. La Malienne se dirige alors vers Francis Nicolai. Un rapide coup d’oeil sur la fiche et le bénévole lui donne ses briques de lait. Elle prend aussi un peu de viande et de poisson. Fatoumata N’diaye esquisse un large sourire et papote avec tout le monde. Elle est comme ça, elle rit tout le temps. Son passé pourtant n’a rien de drôle. Excisée à l’âge de 11 ans, elle a voulu éviter ce drame à sa petite fille. Fuir le Mali avec ses 3 enfants était la seule solution.

Ces briques de lait sont subventionnées par l’aide européenne mais ne le seront peut être plus. Restriction budgétaire oblige. Une réduction de 20% est prévue. Le bénévole qui les a servies travaille ici depuis 6 ans. « Il y a de plus en plus de gens qui viennent, beaucoup d’immigrés maghrébins, tchétchènes ou russes mais pas que », atteste Alain Audibert. Il voit de plus en plus de personnes âgées, des niçois, franchir la porte des restos du cœur, « toujours en baissant la tête, ils ont honte » ajoute le bénévole. Le centre accueille également de plus en plus de jeunes, des étudiants.

Un homme aux lunettes rondes, la chemise sortant du pantalon, s’agite. Il est 11h, le centre est ouvert depuis 8h30 et 120 repas ont déjà été distribués. Il explique qu’il faut s’inscrire la veille pour bénéficier des produits le lendemain. « On fait des entorses à la règle en cas de force majeure, on est là pour l’humain, pour aider » déclare Gérard Roman, le responsable agité du centre de Vérany. Et justement une exception se présente. Une femme déboule en panique. Elle dit être malade, son bébé meurt de faim et son mari la frappera si elle ne rentre pas avec de la nourriture. « Il y a toujours une solution » déclare Gerard, un sourire en coin.

Pour recevoir l’aide des restos du cœur, des barèmes sont mis en place. Mais ces barèmes ont baissé. Les bénéficiaires de l’année dernière ne le sont pas forcément cette année. Les dons stagnent alors que la demande augmente à vue d’oeil. Les bénévoles sont aussi là pour écouter, aider à retrouver un emploi, s’y retrouver avec les papiers administratifs. « On garde le sourire, on n’a aucune raison de pleurer face à ces personnes » affirme Gerard, se pressant d’aller aider ses collègues, débordés. Il y a aujourd’hui 130 millions de repas distribués par an. Un chiffre qui n’a pas prévu de baisser cette année.

Ottilia Ferey