Antoine Rousseau : « La Coupe du Monde fait peur »

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Antoine, au pied du Christ Rédempteur, dominant la ville de Rio du haut du mont de Corcovado.

Originaire d’Angers dans le Maine-et-Loire, Antoine Rousseau, 22 ans, vadrouille à travers le monde. Avec dans ses bagages une Licence en Communication et l’envie perpétuelle de découvrir de nouveaux horizons. Après l’Australie, l’Uruguay, la Nouvelle-Zélande ou bien encore le Pérou, Antoine décide de poser son sac à dos au Brésil. À moins d’un mois du début du Mondial, immersion à Rio de Janeiro, ville qui accueillera le 12 juillet prochain l’événement que tout le monde attend : la finale de la Coupe du Monde.

Le Brésil… Le soleil, les plages, les filles en bikini. Quand on entend Brésil, on imagine le farniente, la bronzette sur le sable fin ou bien encore un cocktail rafraîchissant sous un palmier. Bref une ambiance détendue, une ambiance de vacances tout simplement. Cette impression Antoine la confirme. « Il y a un côté africain à la « on verra bien demain ». Exemple tout bête mais très significatif, quand tu vas au fast-food, ils sont cinq derrière la caisse mais seulement deux travaillent, et encore lentement ». C’est drôle, cette situation me rappelle en France une entreprise bien connue de transport du courrier. Mais si vous savez, la couleur c’est le jaune, comme le Brésil d’ailleurs… Trêve de plaisanterie, ce laxisme remarqué pose problème. « Ça rend difficile beaucoup de projets d’ONG puisque les choses avancent doucement. Cette lenteur se ressent aussi dans l’économie. Ce pays pourrait faire mille fois mieux, s’il s’en donnait les moyens ». En une phrase, Antoine résume les limites du plus vaste pays d’Amérique latine.

À l’approche de l’événement, tout augmente

Une nation qui avance à petits pas, une population « agréable et très ouverte d’esprit » qui prend le temps de vivre mais problème, dans 28 jours arrive la plus grande manifestation sportive au monde. Dans 28 jours, les 32 meilleures sélections nationales de football, des centaines de milliers de supporters et les yeux de la planète entière seront au Brésil. Et comme l’explique Antoine, le stress s’empare de la septième puissance économique mondiale. « C’est la panique dans le pays. Beaucoup de choses ne sont pas encore prêtes, en particulier le système des transports. Par exemple, les taxis ne peuvent pas augmenter leurs prix, alors que dans le même temps, le ticket de métro va augmenter de 25 cents dans 5 jours ». Le constat est sans appel et la FIFA en a pris conscience, pas simple de bousculer le rythme tranquille « do Brasil ».

Le football : l’élément rassembleur

Mais plus inquiétant que l’angoisse des derniers préparatifs, un vent de contestation souffle sur le pays depuis un an maintenant. « Les gens manifestent, notamment dans les quartiers pauvres appelés ici favelas. Tous les Brésiliens de tous âges que je rencontre, se plaignent du système de santé ou de l’éducation. C’est simple, les enfants ont cours uniquement le matin ou l’après-midi, car l’Etat ne peut payer plus. Mais à côté, il y a des dépenses astronomiques pour construire les stades de football… Globalement, la Coupe du Monde est mal accueillie. Ça arrange peu de gens. Les loyers sont très chers et beaucoup de Brésiliens sont en difficulté car les propriétaires délogent ou demandent des prix excessifs pendant le Mondial ».

Dans ce contexte, on peut imaginer que la population locale boude l’événement. Mais ce serait sans compter sur l’impact de ce sport. Car il ne faut pas l’oublier, le Brésil c’est aussi les cinq titres de champion du monde, le « roi » Pelé et « Il Fenomeno » Ronaldo. Et ça, Antoine n’a pas mis longtemps à le remarquer. « Le foot a une place très importante ici. Beaucoup de personnes jouent dans la rue, sur la plage. La Coupe du Monde fait peur aux locaux, les craintes sont diverses, mais les Brésiliens aiment encore assez ce sport pour le fêter ».

Alors voilà, dans quelques jours le Brésil accueille la vingtième Coupe du Monde de football. Tout n’est pas prêt, de nombreux problèmes minent le pays, mais malgré tout la terre de feu va se transformer en terre de foot. Pendant un mois les problèmes vont être mis de côté et comme si de rien n’était, le ballon rond va être célébré au rythme de la samba.

Matthieu Drouin